28 juin 1980 – Première manifestation nationale à Bruxelles

Reportage réalisé pour Radio Capitale sur la manifestation du 28 juin 1980

Près de 40 ans séparent ces 2 photos.

A part que l’une est en couleur et l’autre non, que peut-on en dire?

Celle en noir et blanc fut prise à la place Flagey à Bruxelles le samedi 28 juin 1980 lors d’une manifestation en faveur de l’abrogation de l’article 372 bis du code pénal. Le seul article de la législation belge qui mentionnait l’homosexualité et qui fut voté en 1965 dans le cadre de la « Protection de la jeunesse ». Selon cet article la majorité sexuelle hétérosexuelle était à 16 ans et l’homosexuelle à 18 ans. Cet article fut abrogé en 1985.

Contrairement à nombre de pays voisins, depuis 1793 (l’occupation française), la Belgique n’a jamais connu de lois pénalisant l’homosexualité.

Que peut-on voir sur cette photo à part les pattes « d’èph » de certains manifestants et la météo du jour?

– Le côté bricolé de la banderole en opposition à la longueur « kilométrique » de la bannière arc-en-ciel actuelle.

– Admirez le logo du GLH, le symbole masculin doublé où les flèches sont remplacées par des poings brandis. Une bonne part des participants au GLH étaient de « gauche » même si notre champ d’action était plus sociétal que directement politique quoique « le cul c’est politique ».

– le GLH était exclusivement masculin. C’était parti d’un truc de mecs. La quasi totalité des manifestants que l’on aperçoit sur la photo sont des hommes. Nous n’avions rien contre les lesbiennes avec lesquelles nous collaborions pour une activité ou l’autre. Mais selon un discours de féministes- lesbiennes de l’époque, elles devaient se battre sur 2 fronts: celui du féminisme et celui de l’homosexualité. Contrairement à nous qui, même si nous étions des pédés, restions des hommes.

– A l’époque, il n’était pas encore question des bisexuel(le)s, des transgenres, de queer et en questionnement. Ces ajouts viendront dans la suite de l’évolution du mouvement.

– Nous n’étions que plusieurs (600 selon Philip) centaines à manifester ce jour-là, donc rien à voir avec les dizaines de milliers des « Pride » actuelles. L’objectif de l’époque était de manifester, d’occuper l’espace public avec nos corps (aujourd’hui aussi, une part de risque en moins), de mettre un visage sur ce qui devait rester caché dans la sphère privée. Il y avait là un côté revendicatif, militantiste et non de faire la fête pour montrer sa fierté.

Les concepteurs de ce blog, de gauche à droite. Philip, Claude, Michel, Xavier.

Pourquoi ce blog?

C’est en archéologue qu’en avril 2018 un étudiant en histoire à l’accent ensoleillé a retrouvé les traces et remis en contact Jean-Pierre, Philip, Jean-Michel, Xavier, Michel, Claude, …

Il rédigeait un mémoire sur la visibilisation LBGT à Bruxelles à partir des années 70.

Tous ceux qu’il rencontra et qui s’étaient perdus de vue depuis des décennies participèrent, il y a plus de 40 ans, à la folle aventure du GLH (Groupe de Libération des Homosexuels).

Ainsi donc nous faisions partie de l’histoire. C’est en nous revoyant régulièrement que nous prenons conscience que ce que nous fîmes de 1976 à 1982 ne fut pas si banal que ça et même que cela eut une importance certaine pour nous  et, on peut toujours rêver, sur les mentalités de l’époque.

Nous, homosexuels, voulions être VISIBLES et rejetions la DISSIMULATION.

Quarante ans plus tard, il nous parait nécessaire de nous réapproprier et de partager, grâce à ce blog, ce que fut cette histoire de visibilisation de l’homosexualité à partir de manifestations, de festivals de films, de soirées « ouvertes » hors milieu, d’émissions de radio et de télé, de descentes dans des discothèques hétéros, …

Dans ce blog, vous trouverez des documents oubliés depuis des lustres qui reprennent vie pour nous et pour vous.